L’orgue de Sainte-Elisabeth

Ste elisabeth orgue suret
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Ste elisabeth orgue suret

En 1852-1853, Marie-Antoine-Louis Suret, et son fils Marie-François-Auguste Suret vont construire leur plus grand instrument, qui restera leur chef-d’oeuvre. Né en 1807, Louis Suret a été l’artisan des premiers instruments Daublaine et Cie. Il quitte Daublaine et Callinet en 1838 pour fonder son entreprise.

L’orgue de Sainte-Elisabeth, construit sans doute grâce à la générosité du curé en titre à l’époque, est inauguré le 28 avril 1853, avec le concours des organistes Louis-Alfred-James Lefébure-Wély, Alexandre-Charles Fessy, et Auguste Bazille (organiste titulaire), d’Alexis Dupont pour le chant, de Mme Lefébure pour les chœurs de Sainte-Elisabeth. L’instrument, un grand 16 pieds, aurait eu à l’époque 36 jeux, sur trois claviers et pédalier. Après avoir obtenu les médailles de bronze (1844) et d’argent (1849) aux expositions des produits de l’industrie, c’est une médaille d’or qui échoit à Suret pour l’instrument de Sainte Elisabeth en 1855. En 1855 toujours, l’orgue de Sainte Elisabeth est cité par Schmitt (Manuel de l’Organiste, encyclopédie Roret), mais pour 38 jeux, quatre claviers manuels et pédale séparée. Il est probable que Schmitt a compté comme un clavier séparé le plan sonore de bombarde du grand orgue, qui possède un appel particulier. Le XIXème siècle passe sans trouble ni grand changement pour l’orgue Suret.

Avant l’instrument de Suret, les frères Claude posent en 1845-1846 un instrument neuf sur la tribune du fond de l’église, qui vient d’être construite. Il s’agit d’un orgue de 8 pieds en montre, 3 claviers manuels, et 20 jeux. Cet instrument, avec son sommier à pistons, devait être particulièrement médiocre, car à peine 5 ans plus tard, Suret est appelé pour le remplacer. Cependant, il est probable que la partie centrale du grand corps de l’actuel buffet soit l’ancien buffet des Claude. Le remarquable buffet est classé monument historique 52 ans après sa construction, le 20 février 1905 . Il faut attendre 1927 pour retrouver une description de l’orgue (par Félix Raugel), dans un état qui est celui d’origine à quelques détails près (il a alors 39 jeux, et la soufflerie possède un ventilateur électrique depuis 1914).

RESTAURATION ET DÉ-RESTAURATION

Dans les années 30 et 40, plusieurs devis de restauration apparaissent, qui vantent la qualité de l’instrument, mais regrettent son esthétique surannée, et mentionnent la dureté d’une mécanique presque centenaire. Le projet de Gutschenritter de 1941, est ajourné en raison de la seconde guerre mondiale, mais est finalement réalisé au sortir du conflit entre 1955 et 1959. L’instrument Suret-Gutschenritter est reçu le 22 janvier1959 par la ville de Paris. L’incohérence du plan de reconstruction et la piètre qualité de sa réalisation entraînent une détérioration assez rapide, mais éveille un intérêt pour la partie instrumentale Suret, classée le 18 janvier1980.

Une seconde restauration, en fait une “dé-restauration” complète (tribune, buffet, instrument) est décidée par les monuments historiques, et est arrêtée en 1991. Les travaux, financés à parité par la ville de Paris et l’Etat sont confiés à la manufacture Giroud, et sont réalisés entre 1994 et 1998. Jacques Nonnet assure la direction des travaux et l’harmonisation de l’instrument. L’instrument Suret-Giroud est reçu le 21 janvier 1999, par la DRAC Ile-de-France, en présence du rapporteur des Monuments Historiques, Michel Chapuis, et du technicien-conseil, Jean-Pierre Decavèle. La bénédiction solennelle prend place le 3 mai 1999, par Mgr Pierre d’Ornelas, évêque auxiliaire de Paris, les improvisations de Christophe d’Alessandro, organiste titulaire, répondant aux invocations du Père Antoine Baron, curé de Sainte Elisabeth. L’inauguration a lieu le 20 octobre 1999, avec le concours de François-Henri Houbart, Olivier Trachier, Denys Mathieu-Chiquet et Christophe d’Alessandro.

L’INSTRUMENT ACTUEL

Cet instrument de 42 registres (39 jeux) contient toutes les innovations de la facture romantique parisienne de la première moitié du XIXème siècle, à l’exception notable de la machine Barker. La tuyauterie est coupée sur le ton, sauf quelques jeux plus tardifs du récit. Les 3 claviers manuels ont 54 notes, et la pédale 30 (24 à l’origine). La palette sonore est très riche et colorée, avec toutes les familles de fonds (montres de 16′ 8′ et 4′, gambes de 8′ et 4′, kéraulophone, bourdons, flûte de 16′ 8′ 4′ et 2′), 2 cornets (de 5 rangs chacun, en 16′ et en 8′), un nasard et une grosse proportion d’anches (16 sur 39, soit 2 bombardes, 5 trompettes, 3 clairons, 2 hautbois, clarinette, voix humaine, cor anglais, basson). On note le kéraulophone, un des premiers posés en France. Ce jeu possède un gros trou à l’arrière d’une bague mobile, un procédé archaïque de pavillonnage. Les différences entre l’orgue Suret-Giroud et l’orgue Suret initial sont mineures : un plein jeu de 5 rangs est mis à la place de l’euphone, fondu en 1955 ; les jeux à anches libres disparus ont été reconstitués à anches battantes ; la console, la charpente et la mécanique disparues ou altérées en 1955 ont été reconstituées.

Le buffet monumental est un décor typique du second empire. A triple étage, il comprend 12 tourelles. Mélange de styles qui conduit tout de même à une très belle unité, il est réalisé en sapin, mais une peinture faux bois imite le chêne. Les boiseries et sculptures imitent aussi le bois, mais sont en fait en carton-pierre. Il est probable que la partie centrale du grand corps soit en fait le buffet de l’orgue posé en 1845 par les frères Claude. Le visiteur est toujours frappé par la majesté du buffet, et l’auditeur par la perfection des timbres de cet instrument.

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