Histoire de l’hotel Carnavalet : De l’hôtel originel à celui du XXe siècle

Musée carnavalet
Musée carnavalet
Ecrit par SB

Origine d’un musée : Un hôtel Renaissance

L’hôtel originel, situé au 23, rue de Sévigné, fut construit à partir de 1548 pour le compte de Jacques des Ligneris, président du Parlement de Paris.

Musée carnavalet

Musée carnavalet

On entrait dans la cour de l’hôtel par un porche à bossages typique de la Renaissance italienne. L’hôtel se composait d’un corps de logis principal et de deux ailes en retour qui encadraient la cour. Un contrat notarié avec Nicolas Dupuis mentionnait également un escalier à vis.
La façade du corps de logis (face au porche d’entrée) fut ornée par Jean Goujon (1510-1566) des célèbres bas-reliefs représentant les Saisons.

“Carnavalet”, l’origine du nom

En 1578, l’hôtel fut acquis par Françoise de La Baume-Montrevel, veuve de François Kernevenoc’h ou Kernevenoy, un gentilhomme breton que les parisiens transformèrent en ” Carnavalet “. Ce nom est resté depuis attaché au bâtiment.

Les travaux de Mansart

En 1660, le nouveau propriétaire, Claude Boislève, décida la rénovation de l’hôtel. Il confia les travaux à François Mansart (1598-1666). L’architecte modifia le bâtiment du XVIe siècle : il suréleva les ailes latérales (très fortement remaniées), et enchâssa le porche Renaissance dans une nouvelle architecture.

L’illustre locataire

En 1677, le bâtiment fut loué à Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné (1626-1696). La célèbre épistolière l’habita jusqu’à sa mort. Elle confia à l’architecte Libéral Bruant (vers 1636-1697) l’aménagement d’un appartement au rez-de-chaussée, pour sa fille, Madame de Grignan.
Une galerie du musée est consacrée à cette illustre locataire et présente, entre autres, des portraits et des souvenirs.

Les remaniements du XIXe siècle

En 1866, la Ville de Paris acheta l’hôtel pour y installer un musée consacré à son histoire.
A cette occasion, la restauration du bâtiment fut confiée au jeune architecte Victor Parmentier. Ce dernier effectua de nombreux remaniements d’après les gravures de Jean Marot (1619-1679) (on sait aujourd’hui qu’elles illustrent un projet de construction pour l’hôtel qui ne fut jamais réalisé). Il remplaça notamment les combles brisés des ailes par des terrasses.
Bientôt les locaux devinrent insuffisants pour accueillir l’ensemble des collections. On confia alors l’agrandissement du musée aux architectes Félix Roguet et Joseph-Antoine Bouvard. Trois éléments provenant de la démolition du Vieux Paris furent intégrés aux nouvelles constructions situées derrière le corps de logis : l’arc de Nazareth, la façade du bureau des Marchands-Drapiers et l’avant-corps central de l’hôtel de Marêts.

Une dernière campagne de travaux eut lieu au début du XXe siècle. L’architecte, Foucault, greffa aux bâtiments déjà existants de nouvelles constructions articulées autour de deux cours : la cour de la Victoire et la cour Henri IV.

Des artistes de renom

La façade sur cour du corps de logis (face au porche d’entrée). Cette façade est ornée de quatre figures en bas-relief attribuées à Jean Goujon (1510-1566) qui symbolisent les quatre Saisons. Au-dessus, les signes du zodiaque correspondent aux équinoxes et aux solstices : le Bélier, la Balance, le Cancer et le Capricorne.
Les quatre Saisons sont des figures isolées et traitées en bas-relief. L’influence italienne se ressent dans le déhanché et dans le traitement des vêtements en “plis mouillés”.

Ces figures font face à la personnification de l’Autorité et à deux Renommées à demi couchées qui couronnent l’arc du porche .

Les reliefs du XVIIe siècle

A l’occasion des travaux de François Mansart (1598-1666), plusieurs sculpteurs intervinrent, dont Gérard Van Obstal (1594-1668), sculpteur anversois venu en France à la demande de Richelieu.
Le bâtiment, côté rue des Francs-Bourgeois, est orné d’un bas-relief regroupant quatre figures allégoriques : l’Amour, la Paix, l’Abondance et la Prudence. Dans la cour, sur l’aile droite, Junon (sceptre et paon), Hébé (coupe et vase), Diane (arc et chien) et Flore (vase de fleurs) personnifient peut-être les Heures du jour ; sur l’aile gauche sont représentées les allégories des quatre Éléments (ces derniers ne sont probablement pas de Van Obstal).

Côté rue, un tympan semi-circulaire est orné d’un amoncellement de trophées (cuirasses, casques, épées, etc.). Au centre, deux putti soutiennent un écusson, jadis aux armes des propriétaires de l’hôtel.

Puce culture Les jardins

Peu de renseignements nous sont parvenus sur les jardins originels de l’hôtel Carnavalet. Actuellement, trois des cours du musée sont occupées par des parterres à la française. Ces jardins ont été aménagés en 1950 et 1951 par le service des Parcs et Jardins de la Ville de Paris. Des parterres de buis dessinent des motifs stylisés entourés de plates-bandes de fleurs et ponctués d’ifs.

Deux de ces jardins sont accessibles au public (la cour Henri IV est fermée, mais elle est visible depuis la salle des Enseignes). Par ailleurs, le musée participe tous les ans à la Fête des jardins.

Puce culture Les sculptures des cours et jardins

Plusieurs sculptures sont installées dans les jardins et les cours de Carnavalet. Elles proviennent de monuments parisiens.
La cour de la Victoire doit son nom à la statue en plomb que Simon Boizot (1743-1809) réalisa en 1807 pour la fontaine du Châtelet. Elle représente une Victoire ailée dont les bras levés tiennent des couronnes de laurier en bronze. La statue qui surmonte actuellement la colonne de la fontaine est une copie.

La cour Henri IV doit son nom à l’effigie équestre du roi qui est adossée au mur sud. Cette œuvre en bronze de Philippe Lemaire (1798-1880) fut réalisée en 1834 pour le tympan de la porte centrale de l’Hôtel de Ville. Elle a été inaugurée à son emplacement actuel par Raymond Poincaré (1860-1934) en 1907.
On doit également au sculpteur le fronton de l’église de la Madeleine et l’un des reliefs de l’Arc de Triomphe de l’Etoile (“La mort de Marceau”).

Au centre de la cour d’honneur, la statue en bronze de Louis XIV qui accueille le visiteur avait été commandée par la Ville de Paris au sculpteur Antoine Coysevox (1640-1720) en 1689 pour la cour de l’Hôtel de Ville.
Elle fut inaugurée le 14 juillet 1689 et pour l’occasion, on tira un feu d’artifice et on organisa diverses réjouissances.
Symboles de l’Ancien Régime, les statues royales de bronze furent fondues à la Révolution. Oubliée par les révolutionnaires, cette statue royale est l’une des rares qui nous soit parvenue et fut transportée à Carnavalet en 1890.

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