Cartouche le brigand

Louis Dominique Cartouche
Ecrit par Paris 75003
Louis Dominique Cartouche

Louis Dominique Cartouche

Louis Dominique Garthausen, dit Cartouche (mais aussi Bourguignon ou Lamarre), né en 1693 dans la rue du pont aux choux et mort le 28 novembre 1721, était un brigand puis un chef de bande (une de ces bandes de la Cour des miracles, leur repaire, qui sévissaient à Paris au début du XVIIIe siècle, sous la Régence).

Né en 1693 à Paris, rue du Pont-aux-Choux, fils de Jean Garthausen (ou Garthauzsien, un ancien mercenaire allemand originaire de Hambourg devenu marchand de vins dans le quartier de la Courtille après avoir été valet chez le marquis de Beuzeville de la Luzerne , Louis Dominique est appelé Cartouche, par francisation de son patronyme en Gartouse puis Gartouche. Enfant, il est élève au collège de Clermont, chez les Jésuites, avant d’en être rapidement chassé. Il s’entraîne alors à couper quelques bourses et, jeune amoureux, dérobe pour sa belle des présents qu’il lui offre : tabatières, mouchoirs, bonbonnières, boîtes à mouches, gardes d’épée… À l’âge de onze ans, à la suite d’une sévère réprimande de la part de son père très pointilleux sur l’honnêteté (il aurait obtenu une lettre de cachet pour le faire interner dans une maison de redressement après un vol), le jeune Cartouche quitte le domicile parental.

Il est recueilli par une bande de bohémiens qui lui enseignent tours de cartes, bonne aventure et technique des petits larcins. Avec un certain Galichon (qui sera bien vite arrêté), il vole flacons de vins et d’eau-de-vie et s’entraîne à l’épée. Un temps laquais chez monsieur de La Cropte, marquis de Saint-Acre et lieutenant général des armées du roi, il brille par sa dextérité au jeu. Le tricheur est néanmoins congédié. Avec tous ces petits exploits, il devient localement célèbre et prend la tête d’une petite bande en Normandie. Repéré par les autorités, il exerce un temps le rôle d’informateur pour le lieutenant de police d’Argenson, avant de partir pour l’armée. Après avoir servi quelque temps, notamment en tant que racoleur militaire, il s’entoure d’anciens soldats qui forment le noyau de sa nouvelle bande lors de son retour à Paris. Il prend alors la tête d’une troupe d’une centaine de bandits, hommes et femmes, qui commettent quotidiennement des vols et des assassinatsdans la capitale.

  • Un séduisant chef de bande

Voulant donner à sa bande une bonne organisation inspirée de l’armée, avec hiérarchie et discipline, Cartouche se fait élire chef après une remarquable harangue de ses troupes. Pourtant, avec ses longs cheveux bruns, son visage fin, ses grands yeux noirs et sa petite taille, il est surnommé L’Enfant ou Le Petit. Deux groupes criminels bien séparés officient alors : l’un, sous son autorité directe, le second, sous les ordres de Gruthus du Châtelet, dit Le Lorrain, petit noble ancien soldat des gardes-françaises. Ces bandes de « cartouchiens » rassemblent des individus d’horizons divers : on y trouve même Balagny, dit Le Capucin, un membre de la famille du premier valet de chambre du Régent. D’ailleurs, certains historiens se demandent, au vu de la qualité de certains de ses complices, si le bandit n’est pas manipulé par le pouvoir. À l’époque, des ragots rapportent même que le Régent l’aurait rencontré et qu’intimidé, ce dernier hésiterait à ordonner son arrestation… En tout cas, il possède de nombreux indicateurs, notamment parmi les oublieurs, et crée un réseau efficace de receleurs et d’armuriers.

Intelligent, acrobate et spirituel, Cartouche, qui redistribue une partie du bénéfice de ses crimes aux petites gens, gagne vite une certaine estime parmi une population exaspérée par les corruptions de l’époque. C’est qu’il ne s’attaque qu’à des nantis, tel un bandit d’honneur prenant aux riches pour venger les pauvres. Un jour, il sauve du suicide un marchand ruiné en payant des créanciers qu’il vole ensuite ! Une nuit, il s’empare d’une épée que le Régent comptait offrir ; s’apercevant qu’elle est factice, il la rend avec le commentaire suivant : « Au premier voleur du royaume, qui a tenté de faire tort à Cartouche, son confrère. » Ses acolytes ne sont pas en reste dans l’espièglerie. Lors d’un carnaval, ils promènent une charrette de mannequins représentant les forces de l’ordre afin de permettre aux badauds de les fouetter à volonté. Sa bande se rend célèbre, parmi d’autres faits, pour ses attaques des carrosses faisant le trajet de Versailles à Paris ainsi que pour ses pillages de bijouteries ou ses incursions dans des hôtels particuliers. Mais le coup de maître reste la prise d’un million trois cent mille livres d’actions du système de Law, rue Quincampoix (1720).

Cartouche est également un séducteur ; plusieurs anecdotes en attestent. Un soir, il pénètre dans l’appartement d’une duchesse. Celle-ci s’attend à être cambriolée. Mais le bandit lui demande simplement de commander un souper arrosé de champagne. Le repas terminé, l’hôtesse est complimentée sur la qualité des mets, mais il lui est reproché le mauvais breuvage. Quelques jours après, la duchesse reçoit une caisse de champagne de bonne qualité. Un autre soir, c’est Hélène de Courtenay, marquise de Bauffremont, qui voit arriver le célèbre voleur par sa cheminée. Ce dernier lui demande de lui indiquer la sortie avec la plus grande des corrections. Il prend même soin de remettre cendres et tisons dans la cheminée pour ne pas gâter le tapis. En compensation du dérangement occasionné, l’intrus fait ensuite porter à madame de Courtenay une lettre d’excuses, un diamant « qui fut estimé à deux mille écus » et … « un laissez-passer pour exhiber aux voleurs la nuit »[10]. Le 30 mars 1720, Cartouche épouse son ancienne complice, Marie-Antoinette Néron (l’acte est passé devant notaire). Pourtant, il conserve son succès auprès des femmes et a plusieurs maîtresses, comme il le révélera lors de ses interrogatoires en citant « sa sœur grise », la « sultane régnante », une poissonnière de la halle…

Dans les derniers temps, on estime que la bande de Cartouche compte près de deux mille membres. Le bandit est alors autant craint qu’adulé. Un complice, voulant un jour le dénoncer, est injurié devant les autres puis égorgé sur son ordre. Cartouche aurait lui-même tué par quatre fois, parfois de sang-froid, notamment dans le cas d’un archer à ses trousses. Pourtant, l’étau finit par se resserrer et la police est sur ses traces. En septembre 1719, trois compères sont arrêtés et sommés de dénoncer leur chef. On arrête aussi des provinciaux en liaison avec lui. Ses frères sont pris et torturés. Lui-même est arrêté une première fois en décembre 1720, mais il parvient à s’évader. Le 16 mai 1721, le Régent ordonne son arrestation. Cartouche échappe avec tant d’adresse à toutes les recherches (c’est alors qu’il usurpe l’identité de Jean Bourguignon), que l’on propose une récompense à ceux qui le mettront entre les mains de la justice (19 juillet 1721). Sous l’action du commissaire Bizoton, la bande commence alors à se mettre en déroute et les trahisons se multiplient.

  • L’arrestation et l’exécution

L’arrestation de Cartouche

Trahi par Gruthus, son complice, qui sauve ainsi sa peau (et peut-être aussi dénoncé par une femme), il est arrêté au petit matin dans le cabaret Au Pistolet, à la Basse-Courtille, le 14 octobre 1721 La légende dit que réveillé à temps, il manque réussir son évasion, mais est « trahi » par un chien qui se met à hurler (cf. La Complainte de Cartouche). Mené pieds nus au Châtelet, il y est retenu enchaîné dans une cage afin de prévenir toute évasion. Il fait alors l’objet de la curiosité du Paris mondain : des comédiens du Théâtre-Français l’examinent pour mieux le jouer et des dames de première distinction, dont la maréchale de Boufflers, ainsi que le Régent lui-même, lui rendent visite. Le 21 octobre, il est écroué à la Conciergerie sur décision du Parlement qui veut stopper l’intérêt du public. Il subit la procédure judiciaire dirigée par le conseiller Arnaud de Bouëx, maître des requêtes dont le père avait été assassiné sur la route de Bordeaux. Cartouche nie tout, y compris son état-civil, refuse de reconnaître sa mère, et affirme ne savoir ni lire, ni écrire. Le 26 novembre, il est soumis à la question extraordinaire et subit la « torture des brodequins ». Malgré son silence, il est condamné à mort.
Le supplice de la roue (28 novembre 1721)

Le lendemain, jour pluvieux du supplice, entouré de 200 archers et ne voyant pas arriver ses compagnons qui avaient pourtant fait le serment de le libérer, Cartouche, sans doute par dépit ou par fureur, déclare vouloir faire des aveux. Ramené devant ses juges, il révèle beaucoup de choses et livre ses complices durant dix-huit heures. Des procès suivront ses déclarations jusqu’en 1723 : plus de 350 personnes seront arrêtées pour leurs liens avec ce chef de bande, dont du personnel de la suite de mademoiselle Louise-Élisabeth, fille du Régent. Mais Cartouche n’est pas sauvé pour autant : il est roué vif en place de Grève, à Paris, le 28 novembre 1721. Juste avant le supplice, infligé par Sanson fils, il

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crie : « Je suis un malheureux. Mon père et ma mère sont d’honnêtes gens. » Les jours suivants, son cadavre est exposé dans une baraque et les curieux paient pour voir sa dépouille. Balagny le suit sur l’échafaud, puis son frère Louison, âgé de 15 ans, et d’autres complices encore. Ses acolytes les plus chanceux finissent aux galères, comme son deuxième frère Francis Antoine.

Le régime respire : c’est que certains noms proches de Cartouche sont des habitués des allées du pouvoir. Pourtant, assez rapidement à l’annonce de son arrestation puis de sa disparition, la légende de Cartouche commence. Sa mort à 28 ans en fait un héros martyr du pouvoir royal et des riches. Son histoire est reproduite sous diverses formes : poèmes, chansons populaires (La Complainte de Cartouche) et même pièces de théâtre de la Comédie-Française (Cartouche ou les voleurs de Legrand, en octobre 1721) et de la Comédie-Italienne (Arlequin Cartouche de Riccoboni père dit Lélio).

Sur-les-pas-de-cartouche

Sur-les-pas-de-cartouche

En 1723, Nicolas Grandval publie un poème intitulé Cartouche ou le Vice puni. Par la suite, sa biographie, souvent romancée, sera souvent rééditée tout au long du XIXe siècle ; elle sera même complétée par des images d’Épinal. Son masque mortuaire est aujourd’hui conservé au musée municipal de Saint-Germain-en-Laye.

un commentaire

  • Bonjour,

    Louis Gruthus duChâtelet qui dénonça Cartouche n’a pas eu la vie sauve. Il a été exécuté en place de Grève, comme Cartouche.
    L’arrêt du Parlement le condamnant à mort en fait foi.

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